Jean-Claude Reynal

Dimanche 16 mars 2008





















Conceptions pédagogiques

Par J.C.Reynal
Document non daté

Bien que conçu comme un terrain de recherche et un lieu particulièrement ouvert sur l’expérimentation, cet atelier doit également être perçu en tant que structure positive et évolutive sollicitant à intervalles réguliers l’imagination des élèves, les aiguillant ponctuellement vers des thèmes ou des recherches techniques choisies en fonction de leur préoccupation et de leur évolution personnelle.
Notamment :
- Différents sujets outre le modèle vivant sont régulièrement proposés à l’intérieur de l’atelier, éclairés et particulièrement mis en scène, présents mais sans ostentation, laissant toute possibilité de réalisation de travaux allant vers des directions différentes.
- Travail par petits groupes sur un thème déterminé pour une durée de 2 mois (par exemple, le souci du détail et l’observation rapprochée). Ce principe de travail est reconduit plusieurs fois dans l’année, avec des orientations différentes.
- Un programme serré d’exploitation et de développement autour d’une technique précise est proposé à intervalles réguliers , permettant un approfondissement et une et une recherche plus maîtrisée.
 
- Les réalisations de nature ou de formats exceptionnels ainsi que les travaux à plusieurs (particulièrement en gravure sous forme de séries, recueils ou autres) sont encouragés, leur présentation, leur mise en valeur dans des organismes ou lieux appropriés est soigneusement étudiée.
- Plusieurs séries de séances de travail en extérieur sont proposées. Elles peuvent ou non suivre l’actualité et les évènements artistiques (par exemple : expositions à l’intérieur de l’Ecole ou dans un périmètre rapproché : Orsay, Cabinet des Dessins au Louvre, musée des Arts Décoratifs, Beaubourg), être consacrés à la visite détaillée d’œuvres ou de collections (par exemple : Cabinet des Estampes à la Bibliothèque Nationale, collections particulières, bibliothèques, ateliers d’artistes ou galeries), ou encore être conçues comme de simples séances d’observation et d’étude avec croquis et dessin.
- Des expositions des travaux réalisés sont régulièrement organisées à Paris ou à l’extérieur, ainsi que des échanges avec des ateliers similaires en France ou à l’étranger. 




















Et si votre fils était un nouveau Raphaël ?

D’un quotidien parisien, le jeudi 25 mai 1967

Dès le premier mercredi du mois de juin, quelques huit cents pères ou mères de peintres, modeleurs et graveurs en herbe vont se ruer au Musée des Arts Décoratifs.
Nulle exposition de chefs-d’œuvre enfantins ne s’ouvrira ce jour-là, mais tout simplement les portes su secrétariat de « L’Atelier des moins de quinze ans », où ils pourront inscrire leur progéniture pour l’an prochain.

Recherché
Cet atelier que le musée a créé il y a quatorze ans, est si recherché qu’il faut en effet s’y prendre 5 mois à l’avance pour avoir une petite chance d’en suivre les cours.
Les cours, c’est d’ailleurs un bien grand mot ennuyeux. C’est récréation qu’il faudrait dire. Aux enfants entre six et quinze ans qui viennent passer chaque semaine deux heures dans le pavillon de Marsan, M. Pierre Belves, le directeur de l’atelier, Mme Françoise Lafosse, directrice-adjointe de l’Atelier et les sept autres professeurs de peinture, n’inculquent pas des principes formels de théories, ne distribuent pas de note.

Bonne humeur
Dans les deux grandes salles de peinture, où les enfants ont largement la place d’installer carton, papier et palette, règne avec la bonne humeur, la liberté. Une liberté dirigée certes, mais qui permet aux enfants de s’exprimer de la façon la plus personnelle.
A chaque cours – et la présence du musée se montre à cet effet fort avantageuse – un sujet est présenté aux jeunes élèves. C’était l’autre jour un coquillage. A son propos, trois thèmes étaient suggérés : la bête qui y habite ou bien un collier ou encore un personnage formé de plusieurs coquillages. Les enfants choisissent celui qui leur convient le mieux et l’exécutent à leur goût. Ils ont à leur disposition une énorme quantité de documents, et les professeurs, en venant s’asseoir à côté d’eux, apportent conseils et aide quand ils le demandent. Les sujets comme les techniques varient de semaine ne semaine : une fois on utilisera la gouache, une autre le lavis, ou encore l’encre de Chine, le fusain.
« Nous leur formons le goût, nous leur enseignons un peu d’histoire de l’art, nous leur apprenons des techniques, nous leur donnons des conseils pratiques (comment charger son pinceau, nettoyer sa palette) et nous leur laissons toute leur spontanéité », explique la très aimable et souriante Mme Lafosse. Cette spontanéité, surtout chez les petits – les grands sont souvent trop influencés par leurs bandes dessinées – s’exprime sans gêne, comme en témoigne le dessin de ce bambin qui, malgré la présence d’un vrai coq comme modèle, dessina gentiment mais fermement, un adorable coq à quatre pattes.

D’autres cours
La peinture et le dessin ne sont pas les seules activités de « l’Atelier ». Les tempéraments plus originaux peuvent choisir des cours de modelage ou de gravure sur métal. Cette dernière activité – généralement d’accès malaisé – est ici facilement réalisable. Les jeunes gens (de 15 à 18 ans), dans une atmosphère fort studieuse, sont initiés à l’eau-forte, au burin et à la pointe sèche, à la chimie et à toute la cuisine que demande cette technique passionnante.
En contemplant les œuvres exposées – qui font de « l’Atelier » une très honorable annexe du musée – l’on se demande si à un certain âge le talent n’est pas la chose la mieux partagée. Ce dont ne doute aucun parent.





 

La gravure, art relativement peu montré, n’est-elle encore de nos jours qu’une affaire de spécialistes ?
Il est difficile de répondre à cette question d’une manière catégorique mais par l’intermédiaire d’une courte exposition, l’Atelier de gravure du musée des Arts Décoratifs tente de démontrer que par l’emploi de techniques graphiques très spécialisées, des quantités de formes d’expression, et par là, d’aventures individuelles, sont possibles.

Compte tenu d’un espace d’exposition restreint, il a dû être fait un choix rigoureux dans l’importante production de cet atelier, et plutôt que de montrer l’habituel échantillonnage des divers aspects de la gravure sur métal, la mise en valeur de formes d’expression particulièrement personnelles a été retenu, entre autres par le choix de séries. Notamment avec ds portraits de « célébrités » (ici Samuel Becket et Buster Keaton), traités à l’eau forte mais en pastichant la trame phtomécanique, par Jean-Marie Dumoulin, puis une succession d’attitudes de chats en gros plans contrastés au grain de résine par Aymery Rolland, ou encore des autoportraits hallucinés de Sylvain Delanga.
Des gravures en couleurs imprimées en repérage sont montrées sous vitrine, avec d’autres œuvres de petites dimensions, ainsi que des outils et des plaques travaillées. Mais plutôt que d’avoir à lire des explications écrites, les visiteurs sont encouragés à voir fonctionner l’atelier à ses heures d’ouverture.
Créé en 1965, l’atelier, ouvert d’abord aux adolescents, s’adresse depuis plusieurs années  aussi aux adultes, sans limite d’âge. Disposant de deux presses à bras et d’un matériel complet, il se veut avant tout un lieu d’initiation et d’expérience. La pointe sèche, l’eau forte, le grain de résine, la morsure profonde, le burin y sont pratiqués.
Par sa diversité, l’exposition témoigne que le monde personnel de chacun trouve à s’y réaliser, souvent au travers d’aventures ou de plaisirs étonnants, en tout cas avec un souci de qualité et un sens évident du professionnalisme.

                                             Jean-Claude Reynal






A l'occasion de l'exposition du 27 mars au 14 avril 1972 
à la Prudhoe Gallery - Londres


François Mathey
Directeur du Musée des Arts Décoratifs de Paris, écrit:


Il n'y a aucun mal, quand on est jeune, à s'identifier à l'image paternelle et de même que  je pense à Courtin, Hayter et en particulier à Jean-Claude Reynal, de même, il ne fait aucun doute qu'ils ont rêvé de ces maîtres inconnus de l'Orient antique, qui avec une simple ligne a personnifié l'espace et toute la sensibilité dans le monde.  Devenus à leur tour, les maîtres de cette technique, ils ont su que tout était sans signification à moins qu'ils ne puissent se surpasser, ce qu'ils ont su faire: l'expérience complète, intangible, indéfinissable -  seulement par ce procédé - qui était  de devenir vraiment un maître.  

L'art graphique (la gravure), qui depuis le quinzième siècle avait été doublement asservi par les procédés de l'impression et de la copie (?), s'est libéré. Il est devenu autonome. Ayant pour seul et unique but constant : la dimension de cette main qui découpe, cette main qui signe - là se trouve la véritable autorité Le travail conserve dans sa propre forme le fruit de la graine. Le doigté de velours de cette main, lent dans sa persévérance tranquille; apportant la chaleur sûre [of a medal or seal]. La taille est sans importance. Le procédé qui consiste à lancer comme des boules de neige jusqu'à ce que le travail fini de Reynal soit parfois aussi vaste qu'un mur énorme. Il avait la densité définitive d'un bas-relief - la force de l'architecture.

    
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Nouvelles de l'Estampe
rubrique Expositions
n° de février-mars 1982, p. 28

L’Atelier de gravure du MUSEE DES ARTS DECORATIFS, 109 rue de Rivoli, présente de mars à juin 1982, une sélection de travaux réalisés au cours des dernières années, par les élèves qui l’ont fréquenté. Créé en 1965, l’atelier était, à l’époque, un des rares à se consacrer à l’initiation de la gravure sur métal pour des adolescents. Depuis, plusieurs années, il accueille également les adultes sans limite d’âge. L’atelier dispose de deux presses à bras. Différentes techniques y sont enseignées : pointe-sèche, eau-forte, grain de résine, burin. Il est dirigé par J.-Cl. Reynal.

Parmi le
s œuvres exposées, nous avons particulièrement remarqué les eaux-fortes de F. Graziadey, F. Laudonier, S. Delance, A. Rolland,… et les pointes-sèches de Jean-Paul, de Michel ou de La Villeguérin.

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Lettre à François Wehrlin, Directeur de l'Ecole Nationale Supérieure des Beaux-Arts
Musée des Arts Décoratifs
Paris, le 26 juin 1985


Cher ami,

Je connais Jean-Claude Reynal depuis près de 20 ans et suis avec constance son travail aussi bien personnel qu'à l'atelier du Musée. L'amitié que je lui porte n'est certes pas étrangère au sérieux de son travail mais celui-ci mérite en soi qu'on lui porte une considération très attentive.

Je tiens Reynal pour l'un des 4 ou 5 graveurs dont la vision et la technique ont influencé sa génération. Des goûts, des couleurs et des gravures, on peut toujours discuter mais il est un domaine où je puis avec une totale certitude affirmer qu'il excelle, c'est dans l'enseignement.

Je le constate journellement à l'Atelier du Musée. Ses jeunes élèves ont pour lui respect et admiration (ce qui n'est pas si évident actuellement) et surtout font de grands progrès à telle enseigne que beaucoup, grâce à lui, ont trouvé leur vocation d'artiste et se sont orientés définitivement dans la gravure, aux Beaux-Arts.

François Mathey
Conservateur en chef

                                               
 

Par Beatrice Vergnaud
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