Jean-Claude Reynal, graveur


Dimanche 16 mars 2008


La technique utilisée pour les Paysages linéaires: métal gravé et découpé

 

Il y a des feuilles de papier tirées à peu d’exemplaires, sur la surface desquelles apparaissent des formes avant tout linéaires qui font allusion – selon les intentions de l'artiste – à un paysage ou un lieu qui n’est représenté que par son symbole : des sortes d'îles ou encore des corps célestes étranges et mystérieux dans la blancheur du papier, les fragments d'une nature transcrite de nouveau pour les sensations et les évocations, l'abréviation de taches figuratives et réduites au souvenir formel pur.
L'artiste joue sur seulement deux tons : dans l'accord continu le gris et le blanc, le bleu et le gris, le bleu et le blanc, le bleu et le jaune.

Mais, en tout cas, la couleur est seulement un voile. Ces "Paysages" de Jean-Claude Reynal sont des formes d'idées dans lesquelles le graveur suppose toujours un paysage, même si en définitive, ce paysage est seulement une forme dans l'espace où l'artiste laisse libres les apparences d'une réalité plus devinée qu'informée.


    

                                               


Paysages linéaires
par Jean-Claude Reynal


La perspective à court terme d’une seconde exposition 4bde gravures à La Hune en 1974 fut, comme à chaque fois que se précise une échéance rapprochée dans ce domaine, un excellent stimulant. La première exposition avait eu lieu en 71 au même endroit, sur la mezzanine qui dominait la librairie nouvellement réaménagée, et ne présentait elle aussi que des gravures. La troisième – et dernière exposition à cet endroit – essentiellement consacrée à des dessins de grand format eut lieu en 78 dans la galerie de la rue de l’Abbaye, désormais dissociée de la librairie du boulevard Saint-Germain.


Idée

Le point de départ fixé en vue de cette exposition était de maintenir le plus longtemps possible une même idée de l’intérieur d’une série dont le format, les couleurs, les formes, seraient peu différentes et lentement développées, modifiées, sur un thème initial. Les changements se feraient d’une image à l’autre, quelquefois imperceptiblement, comme un glissement, cetains éléments pouvant être repris tel quel d’une image et adaptés ou transformés dans telle autre, quelquefois la même image possédant deux versions colorées (numéros 2 et 2B, 3 et 3B, 4 et 4B). Le pari fut tenu assez longtemps au fil des mois pour qu’il y eût au total 21 Paysages linéaires prêts pour l’exposition, plus deux « grands Paysages ». Ces deux derniers me donnèrent beaucoup de mal à cause de leur format et ne me plurent réèllement jamais, ils ne furent jamais réexposés ainsi que le numéro 18, ramenant ainsi la série à un total de 20.

Tout ceci étant dans sa démarche pratiquement à l’opposé des travaux de l’exposition de 71, ou chaque gravure était une image différente, et où seules quelques séries montraient en trois étapes une évolution colorée à l’intérieur d’une même image ( Orgone1 , 2, et 3,  Pacific time1  et 2, 3h48 , 3h49  et  3h50 ). Mais il s’agissait là de simples encrages différents sur une même plaque.

Pour  Paysages linéaires , le parti retenu était de développer sous forme d’emboîtage horizontal l’idée d’un paysage plat à la limite de l’abstraction, possédant le moins d’anectodes « paysagesques » possible, mais où l’échelle et la notion d’espace seraient énormes et où l’éclairage et les passages nuageux appoerteraient un changement constant. Maritimes et non maritimes, les « sources » viennent en premier lieu des immensités des plages du sud-ouest atlantique – pratiquées depuis la petite enfance – puis des lumineux espaces hors normes de l’ouest américain, et enfin de ces pays plats et brumeux, troués de raies de lumière des Flandres et de la Hollande.


Technique

Après plusieurs années de travail des plaques de zinc à la fraiseuse électrique, période qui avait été précédée par l’attaque directe du métal au ciseau et à la massette de sculpteur, l’idée retenue pour cette série a été d’utiliser le métal en découpes, plus ou moins contournées ou accidentées, et d’utiliser des morceaux de métal d’épaisseur légèrement différentes. Le tout conçu comme une sorte de puzzle dont certains éléments seraient interchangeables et dont certaines bases se retrouveraient aisément d’une image à l’autre. Tout ceci dans le même souci d’exaltation des nuances et subtilités des reliefs blancs sur blanc qui a été une sorte de thème constant depuis 1965 environ.

Les traces ou lignes à relief modulé dans cette série sont en fait des restes de travail à la fraiseuse sur une grande plaque inachevée et jugée insatisfaisante, complétant une courte série de « plages » et « vagues » de 1973. Cette plaque, découpée en morceaux,  a donc été détournée  de son sens premier, récupérée – souvent en l’inversant – pour servir de point de départ à une nouvelle suite d’images

Le papier utilisé est un velin de Hollande, extrêmement dur et encollé, sans souplesse, mais à la rigidité et à la blancheur impeccables. Toutes les découpes et reliefs importants ont dû être réalisés à la main aussitôt après chaque tirage, le papier étant encore humide.

Comme pour toutes les séries précédentes et suivantes, l’encrage est roulé en surface sur la plaque dans le but d’obtenir des effets extrêmement dégradés (sauf numéro 2, grain de résine encré traditionnellement).

Tous les tirages ont été faits par moi, d’où la mention « imp. » à la suite de la signature, sauf  Etat du ciel 1 et 2 , et  Etat du ciel 3 et 4 , imprimés sur papier Arches à l’atelier Lacourière et Frélaut en 1978. Ces deux dernières gravures, différentes des précédentes dans leur technique et dans leur style, ont été une des contraintes de l’exposition de 78 – consacrée uniquement à des dessins de  Ciels  au crayon de couleur – et imposées par la galerie afin qu’une des deux éditions finance par sa vente éventuelle les frais d’exposition, comme cela avait été le cas les deux fois précédentes. La technique employée est celle du vernis mou, dans le but de restituer au plus près le grain d’un dessin sur papier.

Il faut signaler qu’à l’exception de ces deux dernières gravures la plupart des éditions n’ont pas été imprimées dans leur totalité, même si elles sont indiquées tirées à 25 ou 40 exemplaires dans la signature.


Ensemble


Paysages linéaires étant conçu comme une série formant un tout, il m’est apparu comme indispensable que cet ensemble figure dans son intégralité dans au moins une collection. J’ai conservé dès le début pour moi-même chaque premier exemplaire de la série, soit chaque tirage numéroté 1/25. Mais depuis 1974, au fil des expositions et des ventes, quantité d’exemplaires ont été dispersés et se retrouvent maintenant dans des collections en France, mais aussi en Angleterre, Australie, Suéde, Norvège, Japon, USA, etc… Par ailleurs cetains exemplaires sont entrés de manière morcellée dans des collections publiques, notamment :
Paysage 5 - 8/25         
Paysage 7
- 5/25      
Paysage 10  - 5/2
qui ont été acquis en  1974 par le Ministère de la Culture.
Paysage 15  - 18/25, acquis en 1976 par la Ville de Paris
Paysage 7 -   14/25, acquis en 1980 par le musée de Caen.


Le Cabinet des Estampes de la Bibliothèque Nationale possède certaines œuvres du début, c’est-à-dire avant 1974, mais rien au-delà hormis un « Etat du ciel 1 et 2 » marqué B.N. remis au dépôt légal en 1978. Ainsi que de nombreux autres graveurs et créateurs, je n’ai en effet jamais été totalement d’accord avec cette politique à la limite de la charité qui, sous couvert de la loi et de l’obligation théorique de faire don au dépôt légal d’un exemplaire de chaque œuvre imprimée, permet de constituer au moindre frais des collections – au demeurant peu montrées – enlevant ainsi aux artistes des opportunités de ventes qui leur sont souvent vitales.
Cet argument, non négligeable de mon point de vue, a pesé de tout son poids au moment de décider vers quelle collection irait la totalité des Paysages linéaires qui constituent cette donation.

A ma demande il est néanmoins prévu que ces pièces puissent sortir du Cabinet des Dessins du musée des Arts-Décoratifs lorsque des musées ou institutions officielles en feraient la demande, en vue d’expositions en France ou à l’étranger. 

De son côté la Ville de Paris a acquis en totalité en 1984 la série suivante intitulée Paris-take away  (1980), constituée de neuf gravures de format 38x 28,5 cm, pour les collections du musée d’Art Moderne.

Mars 1987 
                                              J.C.R.












 

 


 


 

 

            Petit paysage bleu 1


LISTE DES OEUVRES:

Paysages linéaires, série réalisée en 1973-1974,
imprimée par l’artiste sur velin de Hollande, format papier : 55,5 x 38 cm.

                  Paysage 1       14/25

                  Paysage 2         8/25

                  Paysage 2B      5/25

                  Paysage 3         5/25

                  Paysage 3B      5/25

                  Paysage 4       16/25

                  Paysage 4B      6/25

                  Paysage 5       19/25

                  Paysage 6       12/25

                  Paysage 7         8/25

                  Paysage 8       12/25

                  Paysage 9       12/25

                  Paysage 10     11/25

                  Paysage 11       6/25

                  Paysage 12       2/25

                  Paysage 13     15/25

                  Paysage 14     11/25

                  Paysage 15       9/25

                  Paysage 16       8/25

                  Paysage 17       e.a.        (Editions La Hune)

                  Petit paysage bleu          format papier 28 x 38,5       e.a.

                  Série de très petits paysages                                      e.a.

(exemplaire unique réunissant les 6 gravures en pliage accordéon, exposé au salon de Mai, proposé en édition à La Hune sous emboîtage transparent et amovible).
   

                                                              mars 1987

                                                                J.C.R.


On pouvait entendre Jean-Claude Reynal parlant des Paysages linéaires, sur France inter, dans l'émission "Le panorama culturel de la France" du 19 novembre 1974

par Beatrice Vergnaud
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