C'est qu'en 1965, les 3 mois passés à l'Atelier Nord à Oslo, lui ont permis de donner libre cours à sa créativité, un peu comme cela avait été le cas à San Francisco
Un français invité en Norvège
D'après un article dansDagbladet, presse norvégienne
17 Septembre 1965
Contrairement à l’habitude, c’est de l’art français que l’on peut voir actuellement à la cimaise des graveurs à « Kunstnerforbundet » pour deux semaines à partir de maintenant ; cette fois-ci, l’invité s’appelle Jean-Claude Reynal, venu à Oslo avec une bourse de l’Etat norvégien. Il a 27 ans, est né à Bordeaux, mais il travaille depuis 1961 à Paris à l’Atelier 17, d’abord comme élève de Hayter, ensuite comme son assistant. Il a été, également, un an en Amérique pour travailler au San Francisco Art Institute. L’année dernière, il a eu des expositions particulières, à San Rafaël et en Californie ; il a également participé à de grandes manifestations aux USA et a été représenté deux fois à la Biennale de Paris et une fois à celle de Ljubljana. Sa carrière est déjà bien remplie et ici, on la trouvera pleine d’intérêt.
Jean-Claude Reynal a travaillé dans l’atelier d’Anne Breivik dès son arrivée à Oslo cet automne et il dit qu’il y a beaucoup
appris. Anne Breivik reçoit des artistes étrangers qui viennent ici pour faire des études ; elle a déjà ouvert ses portes à un graveur canadien et quand M. Reynal partira dans quelques
semaines, une artiste allemande prendra sa place. Six des travaux de M. Reynal sont exposés à la cimaise des graveurs, délicats et extrêmement raffinés, dans une technique qui lui est
personnelle. Il travaille dans des effets de relief et dans les plus belles transitions du gris au blanc. Des lignes au relief profond apparaissent en de grandes surfaces blanches, souvent
entourées de couleur.
J’essaie de décrire des impressions lumineuses et on pourrait dire que cette forme d’expression est à égale distance de la sculpture et de la gravure dit Jean-Claude Reynal. Il
utilise des plaques de zinc pour ses travaux et les sillonne de rides profondes à l’aide d’un outil.
Eté
Point de fusion
Aden
Ur
Introduction à l'exposition de l'Atelier Nord à Sao-Paulo, à Rio de Janeiro et à Belo-Horizonte en 1967, par Hans Jacob Brun, critique d’art au journal norvégien Dagbladet:
La paix que l’on trouve dans les travaux de Jean-Claude Reynal n’est nullement une paix passive. Pour qui a la faculté d’attendre, ces feuilles blanches jaillissent à la vie et l’on peut soudainement découvrir des forces frémissantes dans un paysage sous la neige. Une seule teinte, soigneusement dosée, jouant avec le relief de la surface d’un blanc éclatant fait surgir des images de lumière, d’une lumière dont le papier blanc ne réussit généralement pas à transmettre la profondeur et le mouvement. Le blanc devient une couleur avec des modulations froides et des modulations chaudes, comme toute autre couleur et la feuille de papier arrive à vibrer avec toutes les possibilités que sa surface possède. Et nous qui sommes prêts à attendre pouvons, avec des moyens raffinés, arriver à être récompensés par une contemplation remplie de la beauté lyrique de la paix.
En mars 1969, dans Semaine de la lecture de la Maison de la culture à Reims
Exposition du groupe Atelier Nord, créé en 1963:
La sélection présente à l’exposition de Reims comprend une soixantaine de gravures originales en noir et en couleurs des sept artistes suivants :
A. BREIVIK (Norvège) – technique : burin
K. YOSHIDA (Japon) – technique : eau forte
M. NAGORNI (Yougoslavie) – technique : burin
C. GARCIA (Argentine) - technique: eau forte
H-L. LOTHERINGTON (Suisse) – technique: eau forte
J-C. REYNAL (France) – technique : métal repoussé
T. MATSUTANI (Japon) – technique : eau forte
Alliage
Un entretien avec Jean-Claude Reynal
Par Pierre Paret de Sud-Ouest du
19 avril 1970
Je n’ai jamais fait de peinture et je n’ai jamais été attiré par la couleur. En revanche, j’ai toujours été sensible au graphisme des
choses, à leur volume, à leur contour et à la puissance qu’elles dégagent.
Aux Beaux-Arts de Bordeaux, j’ai beaucoup aimé travailler dans l’atelier de Charazac mais je n’y allais qu’à mi-temps. Je réservais l’autre moitié de la journée à mes expériences personnelles.
Quand j’ai senti que je pouvais franchir un palier, je suis parti pour Paris.
Après des expériences diverses, j’ai atterri chez Stanley-William Hayter. Je devais y rester deux ans. Ce fut, pour moi, la période décisive. C’est difficile à expliquer. C’est le genre d’atelier
où règne une atmosphère particulière. Les yeux s’ouvrent sur l’esthétique en général, et on y acquiert une conception plus ouverte des choses. Sur le plan pratique, on approche toutes les
techniques. On peut ainsi choisir celle avec laquelle on communie le mieux. Pensez qu’on va de l’optique à l’étude des couleurs et par conséquent à leur utilisation.Le dynamisme des formes prend
son plein sens. C’est logique : Hayter a d’abord été ingénieur. L’atelier est un milieu de recherches extraordinaires.
Le contexte international multiplie les ouvertures : chacun apporte sa sensibilité propre. Or, sur un atelier groupant 30 personnes, j’étais le seul français.
L’Amérique vous tentait déjà ?
Depuis longtemps, je voulais y partir mais c’était alors plus difficile, plus long qu’aujourd’hui pour obtenir une bourse d’autant qu’il n’existait pas encore de bourse française.
New-York ne vous a pas retenu ; vous avez préféré pousser jusqu’à San Fransisco ?
New-York ne m’attirait pas et, quand je l’ai connu, je me suis rendu compte que j’avais raison. La monstruosité me laisse insensible. Je rêvais de la côte Pacifique, de ses couleurs, de son
espace. Il est impossible à un européen d’avoir la notion exacte de l’espace américain sans avoir vu l’Amérique. Tout y est multiplié, tout y est plus fort qu’ici.
Ce séjour a été aussi déterminant pour moi que mon passage chez Hayter même si je suis rentré au bout d’un an alors que j’avais la possibilité de demander une prolongation.
Paris et la France me manquaient pour des raisons d’atmosphère et de vie. A New-York, par exemple, l’activité artistique est prodigieuse. C’est Paris puissance mille. L’échelle humaine est
inhumaine. C’est un monde exclusivement artificiel. Très beau par moments, surtout la nuit mais le contact avec la nature est pratiquement perdu.
De retour à Paris, j’ai retrouvé l’atelier d’Hayter mais mon travail avait changé. Je faisais des choses plus ouvertes et plus simplifiées, dues au changement d’habitude, de climat social, de
civilisation.Je vous l’ai dit, ce séjour a été déterminant. Il m’a amené à éliminer presque inconsciemment les réminiscences d’école et d’atelier. En un mot, j’en avais fini avec mes exercices de
style.
C’est à partir de ce moment que j’ai éprouvé le besoind’utiliser les possibilités offertes par le relief du métal. Je me suis mis à la taille directe au grattoir, qui permet des incisions plus
larges et plus profondes que le burin. C’est aussi à cette époque que j’ai connu Anne Breivik.
Anne Breivik rêvait de fonder, à Oslo, un atelier de gravure réunissant des artistes de nationalités et d’esthétiques différentes mais travaillant exclusivement le métal : cuivre ou
zinc.
Je suis allé à l’Atelier Nord en 1965 et en 1968. J’y ai même réalisé avec mes camarades, à la demande du gouvernement, un film : La Ligne, qui est régulièrement programmé dans les
écoles et que le groupe projette aussi lors de ses expositions.
Quelle est votre préoccupation essentielle ?
Le relief. Mieux on l’utilise, mieux on l’exploite, plus la profondeur s’accuse. On ne doit jamais perdre de vue les contingencestechniques lorsqu’on cherche à tirer le maximum de relief de la
feuille de vélin hollandais particulièrement blanc et d’une tenue, d’une légereté qui conviennent à la main de l’artiste. Par ailleurs, je ne sors pas des couleurs primaires : jaune,
vermillon, bleu, turquoise, que j’utilise dans leur maximum d’intensité, de force et de dynamisme.
Ce dynamisme, comment l’obtenez-vous ?
En créant une forme colorée, limitée dans sa surface mais qui, par sa situation dans l’ensemble, dégage une énergie à laquelle on ne s’attend généralement pas.
Jean-Claude Reynal présente des gravures en relief, pures comme de blanches moissons. Veines de neige, semis de grains d’orge, pailles croisées… Jean-Claude Reynal pince la patte d’oiseau du silence. Blanches épines du grand Nord. Dernière chaleur du jaune et du bleu déserté. L’Ephémère, La nuit écoute (brun fendu pour que coule quel regard ?) me plaisent infiniment. Le visiteur ne saurait assez attendre, épier, se retourner : cerné de toutes parts, il ressuscite de son propre silence.
Raymond Mirande, La vie des Arts, 16 mars 1968