Jean-Claude Reynal, graveur


Dimanche 16 mars 2008
C'est une période qui débute après Solstice et commence donc avec L'ère, Aden, Contre-courant...  période au cours de laquelle il commence à exécuter des oeuvres personnelles, des gravures différentes de ce qui se faisait chez Bill Hayter, des créations qui correspondent davantage à ce qu'il veut produire, écrira t-il en octobre 1987. Il fait des gravures avec des gaufrages le plus souvent accompagnés d'une seule couleur: jaune comme dans Contre courant, bleu comme dans Aden, rouge comme dans Point de fusion....
C'est qu'en 1965, les 3 mois passés à l'Atelier Nord à Oslo, lui ont permis de donner libre cours à sa créativité, un peu comme cela avait été le cas à San Francisco


Un français invité en Norvège
D'après un article dansDagbladet, presse norvégienne
17 Septembre 1965

Contrairement à l’habitude, c’est de l’art français que l’on peut voir actuellement à la cimaise des graveurs à « Kunstnerforbundet » pour deux semaines à partir de maintenant ; cette fois-ci, l’invité s’appelle Jean-Claude Reynal, venu à Oslo avec une bourse de l’Etat norvégien. Il a 27 ans, est né à Bordeaux, mais il travaille depuis 1961 à Paris à l’Atelier 17, d’abord comme élève de Hayter, ensuite comme son assistant. Il a été, également, un an en Amérique pour travailler au San Francisco Art Institute. L’année dernière, il a eu des expositions particulières, à San Rafaël et en Californie ; il a également participé à de grandes manifestations aux USA et a été représenté deux fois à la Biennale de Paris et une fois à celle de Ljubljana. Sa carrière est déjà bien remplie et ici, on la trouvera pleine d’intérêt.

Jean-Claude Reynal a travaillé dans l’atelier d’Anne Breivik dès son arrivée à Oslo cet automne et il dit qu’il y a beaucoup appris. Anne Breivik reçoit des artistes étrangers qui viennent ici pour faire des études ; elle a déjà ouvert ses portes à un graveur canadien et quand M. Reynal partira dans quelques semaines, une artiste allemande prendra sa place. Six des travaux de M. Reynal sont exposés à la cimaise des graveurs, délicats et extrêmement raffinés, dans une technique qui lui est personnelle. Il travaille dans des effets de relief et dans les plus belles transitions du gris au blanc. Des lignes au relief profond apparaissent en de grandes surfaces blanches, souvent entourées de couleur.
J’essaie de décrire des impressions lumineuses et on pourrait dire que cette forme d’expression est à égale distance de la sculpture et de la gravure dit Jean-Claude Reynal. Il utilise des plaques de zinc pour ses travaux et les sillonne de rides profondes à l’aide d’un outil.

                     

                               
                                          
  Eté





                        
    

      

       

      


 

 

 

 


                                                                                                                                                                 
                                                                        
   Point de fusion




                                                                                                                                                                                        

                                 Aden                                                                                      

            

 

 


 


 


 


 

 

                                                                                


      

 


        


                                                                   Ur


                                                                                                                                                   

Introduction à l'exposition de l'Atelier Nord à Sao-Paulo, à Rio de Janeiro et à Belo-Horizonte en 1967, par Hans Jacob Brun, critique d’art au journal norvégien Dagbladet:

La paix que l’on trouve dans les travaux de Jean-Claude Reynal n’est nullement une paix passive. Pour qui a la faculté d’attendre, ces feuilles blanches jaillissent à la vie et l’on peut soudainement découvrir des forces frémissantes dans un paysage sous la neige. Une seule teinte, soigneusement dosée, jouant avec le relief  de la surface d’un blanc éclatant fait surgir des images  de lumière, d’une lumière dont le papier blanc ne réussit généralement pas à transmettre la profondeur et le mouvement. Le blanc devient une couleur avec des modulations froides et des modulations chaudes, comme toute autre couleur et la feuille de papier arrive à vibrer avec toutes les possibilités que sa surface possède. Et nous qui sommes prêts à attendre pouvons, avec des moyens raffinés, arriver à être récompensés par une contemplation remplie de la beauté lyrique de la paix.

 

              

                                                     JC Reynal à l'atelier

 


En mars 1969, dans Semaine de la lecture de la Maison de la culture à Reims
Exposition du groupe Atelier Nord, créé en 1963:

Les membres de l’Atelier Nord étant représentés dans les collections officielles et publiques de nombreux pays, plusieurs sont lauréats de manifestations internationales.
La sélection présente à l’exposition de Reims comprend une soixantaine de gravures originales en noir et en couleurs des sept artistes suivants :


 A. BREIVIK (Norvège) – technique : burin

K. YOSHIDA (Japon) – technique : eau forte

M. NAGORNI (Yougoslavie) – technique : burin

C. GARCIA (Argentine) - technique: eau forte

H-L. LOTHERINGTON (Suisse) – technique: eau forte

J-C. REYNAL (France) – technique : métal repoussé

T. MATSUTANI (Japon) – technique : eau forte

 

 

                                                                                   Alliage


         



Un entretien avec Jean-Claude Reynal
Par Pierre Paret de Sud-Ouest du 19 avril 1970

Je n’ai jamais fait de peinture et je n’ai jamais été attiré par la couleur. En revanche, j’ai toujours été sensible au graphisme des choses, à leur volume, à leur contour et à la puissance qu’elles dégagent.
Aux Beaux-Arts de Bordeaux, j’ai beaucoup aimé travailler dans l’atelier de Charazac mais je n’y allais qu’à mi-temps. Je réservais l’autre moitié de la journée à mes expériences personnelles. Quand j’ai senti que je pouvais franchir un palier, je suis parti pour Paris.  
Après des expériences diverses, j’ai atterri chez Stanley-William Hayter. Je devais y rester deux ans. Ce fut, pour moi, la période décisive. C’est difficile à expliquer. C’est le genre d’atelier où règne une atmosphère particulière. Les yeux s’ouvrent sur l’esthétique en général, et on y acquiert une conception plus ouverte des choses. Sur le plan pratique, on approche toutes les techniques. On peut ainsi choisir celle avec laquelle on communie le mieux. Pensez qu’on va de l’optique à l’étude des couleurs et par conséquent à leur utilisation.Le dynamisme des formes prend son plein sens. C’est logique : Hayter a d’abord été ingénieur. L’atelier est un milieu de recherches extraordinaires.
Le contexte international multiplie les ouvertures : chacun apporte sa sensibilité propre.  Or, sur un atelier groupant 30 personnes, j’étais le seul français.

L’Amérique vous tentait déjà ?
Depuis longtemps, je voulais y partir mais c’était alors plus difficile, plus long qu’aujourd’hui pour obtenir une bourse d’autant qu’il n’existait pas encore de bourse française.

New-York ne vous a pas retenu ; vous avez préféré pousser jusqu’à San Fransisco ?
New-York ne m’attirait pas et, quand je l’ai connu, je me suis rendu compte que j’avais raison. La monstruosité me laisse insensible. Je rêvais de la côte Pacifique, de ses couleurs, de son espace. Il est impossible à un européen d’avoir la notion exacte de l’espace américain sans avoir vu l’Amérique. Tout y est multiplié, tout y est plus fort qu’ici.
Ce séjour a été aussi déterminant pour moi que mon passage chez Hayter même si je suis rentré au bout d’un an alors que j’avais la possibilité de demander une prolongation.
Paris et la France me manquaient pour des raisons d’atmosphère et de vie. A New-York, par exemple, l’activité artistique est prodigieuse. C’est Paris puissance mille. L’échelle humaine est inhumaine. C’est un monde exclusivement artificiel. Très beau par moments, surtout la nuit mais le contact avec la nature est pratiquement perdu.
De retour à Paris, j’ai retrouvé l’atelier d’Hayter mais mon travail avait changé. Je faisais des choses plus ouvertes et plus simplifiées, dues au changement d’habitude, de climat social, de civilisation.Je vous l’ai dit, ce séjour a été déterminant. Il m’a amené à éliminer presque inconsciemment les réminiscences d’école et d’atelier. En un mot, j’en avais fini avec mes exercices de style.
C’est à partir de ce moment que j’ai éprouvé le besoind’utiliser les possibilités offertes par le relief du métal. Je me suis mis à la taille directe au grattoir, qui permet des incisions plus larges et plus profondes que le burin. C’est aussi à cette époque que j’ai connu Anne Breivik.
Anne Breivik rêvait de fonder, à Oslo, un atelier de gravure réunissant des artistes de nationalités et d’esthétiques différentes mais travaillant exclusivement le métal : cuivre ou zinc.
Je suis allé à l’Atelier Nord en 1965 et en 1968. J’y ai même réalisé avec mes camarades, à la demande du gouvernement, un film : La Ligne, qui est régulièrement programmé dans les écoles et que le groupe projette aussi lors de ses expositions.

Quelle est votre préoccupation essentielle ?
Le relief. Mieux on l’utilise, mieux on l’exploite, plus la profondeur s’accuse. On ne doit jamais perdre de vue les contingencestechniques lorsqu’on cherche à tirer le maximum de relief de la feuille de vélin hollandais particulièrement blanc et d’une tenue, d’une légereté qui conviennent à la main de l’artiste. Par ailleurs, je ne sors pas des couleurs primaires : jaune, vermillon, bleu, turquoise, que j’utilise dans leur maximum d’intensité, de force et de dynamisme.

Ce dynamisme, comment l’obtenez-vous ?
En créant une forme colorée, limitée dans sa surface mais qui, par sa situation dans l’ensemble, dégage une énergie à laquelle on ne s’attend généralement pas.

 


                                                               Beau fixe

 

 

  Jean-Claude Reynal présente des gravures en relief, pures comme de blanches moissons. Veines de neige, semis de grains d’orge, pailles croisées… Jean-Claude Reynal pince la patte d’oiseau du silence. Blanches épines du grand Nord. Dernière chaleur du jaune et du bleu déserté. L’Ephémère, La nuit écoute (brun fendu pour que coule quel regard ?) me plaisent infiniment. Le visiteur ne saurait assez attendre, épier, se retourner : cerné de toutes parts, il ressuscite de son propre silence.

Raymond Mirande, La vie des Arts, 16 mars 1968

 

 

                                                                   
par Beatrice Vergnaud
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