La gravure, art relativement peu montré, n’est-elle encore de nos jours qu’une affaire de
spécialistes ?
Il est difficile de répondre à cette question d’une manière catégorique mais par l’intermédiaire d’une courte exposition, l’Atelier de gravure du musée des Arts Décoratifs tente de démontrer que
par l’emploi de techniques graphiques très spécialisées, des quantités de formes d’expression, et par là, d’aventures individuelles, sont possibles.
Compte tenu d’un espace d’exposition restreint, il a dû être fait un choix rigoureux dans l’importante
production de cet atelier, et plutôt que de montrer l’habituel échantillonnage des divers aspects de la gravure sur métal, la mise en valeur de formes d’expression particulièrement personnelles a
été retenu, entre autres par le choix de séries. Notamment avec ds portraits de « célébrités » (ici Samuel Becket et Buster Keaton), traités à l’eau forte mais en pastichant la trame
phtomécanique, par Jean-Marie Dumoulin, puis une succession d’attitudes de chats en gros plans contrastés au grain de résine par Aymery Rolland, ou encore des autoportraits hallucinés de Sylvain
Delanga.
Des gravures en couleurs imprimées en repérage sont montrées sous vitrine, avec d’autres œuvres de petites dimensions, ainsi que des
outils et des plaques travaillées. Mais plutôt que d’avoir à lire des explications écrites, les visiteurs sont encouragés à voir fonctionner l’atelier à ses heures d’ouverture.
Créé en 1965, l’atelier, ouvert d’abord aux adolescents, s’adresse depuis plusieurs
années aussi aux adultes, sans limite d’âge. Disposant de deux presses à bras et d’un matériel complet, il se veut avant tout un lieu d’initiation et d’expérience. La pointe
sèche, l’eau forte, le grain de résine, la morsure profonde, le burin y sont pratiqués.
Par sa diversité, l’exposition témoigne que le monde personnel de chacun trouve à s’y réaliser, souvent au travers d’aventures ou de
plaisirs étonnants, en tout cas avec un souci de qualité et un sens évident du professionnalisme.
JCR
___________________________________________________________________________________
A l'occasion de l'exposition du 27 mars au 14 avril
1972
à la Prudhoe Gallery - Londres
Il n'y a aucun mal, quand on est
jeune, à s'identifier à l'image paternelle et de même que je pense à Courtin, Hayter et en particulier à Jean-Claude Reynal, de même, il ne fait aucun doute qu'ils
ont rêvé de ces maîtres inconnus de l'Orient antique, qui avec une simple ligne a personnifié l'espace et toute la sensibilité dans le monde. Devenus à leur tour, les maîtres de cette
technique, ils ont su que tout était sans signification à moins qu'ils ne puissent se surpasser, ce qu'ils ont su faire: l'expérience complète, intangible, indéfinissable - seulement
par ce procédé - qui était de devenir vraiment un maître.
François Mathey
directeur du musée des Arts Décoratifs de Paris
______________________________________________________________________________________________
Lettre à François Wehrlin, Directeur de l'Ecole Nationale Supérieure des
Beaux-Arts
Musée des Arts Décoratifs
Paris, le 26 juin 1985
Cher ami,
Je connais Jean-Claude Reynal depuis près de 20 ans et suis avec constance son travail aussi bien personnelqu'à l'atelier du Musée. L'amitié que je lui porte n'est certes pas étrangère au sérieux de son travail mais celui-ci mérite en soi qu'on lui porte une considération très attentive.
Je tiens Reynal pour l'un des 4 ou 5 graveurs dont la vision et la technique ont influencé sa génération. Des goûts, des couleurs et des gravures, on peut toujours discuter mais il est un domaine où je puis avec une totale certitude affirmer qu'il excelle, c'est dans l'enseignement.
Je le constate journellement à l'Atelier du Musée. Ses jeunes élèves ont pour lui respect et admiration (ce qui n'est pas si évident
actuellement) et surtout font de grands progrès à telle enseigne que beaucoup, grâce à lui, ont trouvé leur vocation d'artiste et se sont orientés définitivement dans la gravure, aux
Beaux-Arts.
François Mathey
Conservateur en chef
zinc gravée par JC Reynal