Jean-Claude Reynal, graveur


Samedi 15 mars 2008
  1.                          


Préface

Le fait de dessiner est presque aussi vieux que la naissance du monde. J’entends par là, le moment où l’homme prend conscience de ce qu’il représente, grâce à son intelligence qui lui permet de survivre à travers son milieu naturel.
C’est vraissemblablement au cours de ses déplacements dans les grottes ou les abris sous roche, que glissant par hasard sur le sol humide  et essayant de se rattrapper aux aspérités du rocher, il s’aperçoit qu’il peut laisser sur la paroi une trace, une empreinte de sa main recouverte d’argile et d’ocre rouge ou jaune. Après la découverte de la taille du silex, après la conquête et la maîtrise du feu, après l’apparition des rites sacrés pour vénérer ses morts, l’homme ouvre la voie à la création plastique sans le savoir. En sculptant, en gravant, en peignant, en dessinant dès le Paléolithique, il pose les bases de l’art de dessiner qui sont à l’origine de toute représentation qu’elle soit figurative ou abstraite.
Pour l’histoire du dessin, une découverte importante apparaît au cours du Moyen-Age sous la forme d’un nouveau support : le papier, qui permet une grande diffusion. Mais à cette époque, la technique évolue très vite avec la découverte de l’imprimerie et de moyens inédits de reproduction : bois, métal et pierre lithographique qui sont liés à l’évolution du livre.Ces nouvelles techniques marquent l’apparition des estampes et les artistes qui s’intéressent à ces procédés sont en général ceux qui ont produit au cours de l’histoire, les plus beaux dessins.

Au cours de la Renaissance et de la période classique, la gravure se développe en particulier dans les Flandres et en Italie ; l’eau-forte trouve alors ses lettres de noblesse mais c’est Rembrandt qui avec fermeté et sûreté devient l’un des plus grands graveurs de son époque. Le XVIIIème siècle intensifie la consécration de la gravure  avec l’apparition de nouveaux procédés tels que l’aquatinte et la lithographie qui intéressent Goya, Daumier mais aussi les artistes modernes d’avant la première guerre mondiale dont Picasso. Depuis 1945, l’art s’est rapidement démocratisé et l’essort des estampes s’en est trouvé conforté. Hélas, la diffusion prend des proportions telles, que la production dépasse souvent avec des moyens très discutables, la qualité – les éditeurs mettant sur le marché une débauche d’images sans intérêt.

Il faut donc souhaiter que les expositions montrent aux amateurs avec toute la rigueur possible, où se situe la vraie création dans ce domaine.

P.R.Chaigneau

Ex Conservateur du Musé d’Art Moderne de Lille-Villeneuve d’Ascq

in Préface du catalogue de la 3ème biennale internationale de gravure en1980



Présentation de l'artiste

Après avoir été élève puis assistant de S.W. Hayter à l’Atelier 17, Jean-Claude REYNAL appartiendra au groupe Atelier Nord fondé à Oslo où les artistes ont en commun l’intérêt pour la gravure.
L’Atelier Nord, plutôt qu'une école est un carrefour artistique où se rencontrent des artistes de tous pays ; c’est un creuset qui permet de fructueux développements.
Pour sa part, Jean-Claude Reynal présente des compositions d’une grand sérénité, des œuvres évoquant des sensations fugaces: Il se sert du papier en exaltant sa blancheur par une couleur simple qui donne la lumière et la vie aux surfaces doucement sculptées dans le blanc. Sa production originale et raffinée fait penser à l’art contemporain japonais. Lui déclare qu’il veut décrire l’atmosphère à l’aide d’effets de reliefs sur papier.
"Je suis plus attiré par la sculpture que par la peinture, je suis intéressé par les différentes nuances dans le blanc et par les rares couleurs que l'on peut utiliser avec".

Pour cet artiste, l’œuvre est avant tout spéculation intellectuelle, une mise en formes de la sonorité d’un mot, la traduction plastique d’une pensée rigoureuse et ascétique, en recherche d’une inaccessible perfection, d’une utopie qu’il essaie de traduire avec un effet de relief, par une vague, un nuage, des îles…
Les reliefs sont cernés avec précision – effet de la taille directe – et sont discrètement soulignés de quelques touches de couleur. On pensait que tout allait avec le blanc. Comme on peut se tromper ! Jean-Claude Reynal n’utilise jamais de noir, seulement un peu d’orange, du jaune, du rouge ou du bleu.
Empreintes
sur papier, pour reprendre son terme, obtenues à partir d’un cuivre ou d’un zinc le plus souvent, travaillé avec des outils de sculpteur et qui communique sous la presse, sa forme au vélin.
Sa façon de jouer des blancs et des ombres suggérées par les reliefs à peine perceptibles, sa façon d’utiliser les contrastes du bleu et du rouge sur le blanc, témoignent d’une connaissance parfaite de la technique et d’un grand sens poétique.


Dans Sud-Ouest (juin 1971), Louis Belion écrit:

Cette technique toute personnelle, Jean-Claude Reynal y est venu par élimination progressive des moyens traditionnels, passant du ciseau de sculpteur à la fraiseuse qui permet de traiter de plus grandes dimensions de métal avec plus de précision. Mais en définitive, seule compte la main du graveur qui dirige l’outil et au-delà, la sensibilité qui le guide.
Avant la Norvège, son oeuvre s’est nourrie d’espace que restituent les empreintes : l’espace des Etats-Unis d’abord puisque Jean-Claude Reynal a vécu un an sur la côte Ouest grâce à une bourse Fullbright. Dans cette Californie, région de contrastes s’il en est, il s’est surtout tourné vers le Pacifique, cet océan de rêve qui s’ouvre sur l’immensité en chacune des oeuvres du graveur.
  Il y avait donc eu auparavant "obligatoirement" pourrait-on dire, l’Ecole des Beaux-Arts puis l’Atelier 17 d’Hayter à Paris. Depuis, tout en enseignant le dessin et la gravure au musée des Arts décoratifs de Paris, Jean-Claude Reynal a participé à de nombreuses expositions nationales et internationales et une partie de ses gravures figurent à la Bibliothèque Nationale, au Musée d’Art Moderne, au Centre National d’Art Contemporain, à la Bibliothèque Royale de Bruxelles, au Musée des Arts Décoratifs et nombres d’autres musées français ou étrangers. Car c’est l’un des avantages de la technique dans laquelle il est passé maître que de permettre à partir d’une même gravure, d’obtenir plusieurs empreintes, de permettre une présence simultanée en plusieurs endroits différents.


Judy Brundin in Oxford Mail, Tuesday, September 14, 1976

Engraving:


At the Oxford Gallery, although the initial impulse for the prints by Jean-Claude Reynal, a french artist, is landscape it becomes ultimately refined and cristallized into smooth white reliefs with colour suggestions of blue and green, in which the mound like shapes of cloud and hill aure rendered into pure form. The artist lives in Paris where he teaches etching and drawing but has shown here before, wining two prizes at the 1976 Bradford Biennale. Using first a zinc plate which he cuts with a saw, refining it and making the sublest marking  with a small drill, he makes all his own prints, inking the plate gently for each print in an edition of 25. He uses rough edged hand made paper and the texture of this contributes to the atmosphere and pristine beauty of the prints.


par Beatrice Vergnaud
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